Concedo nulli

À rebours des dogmes, des tutelles et des obéissances, la libre pensée n’a qu’une exigence : faire de la liberté autre chose qu’un mot.
Rompre
Nous vivons dans le vacarme. Flux d’images, emballement des commentaires, injonctions morales, discours marchands, mots d’ordre politiques ou religieux : tout nous pousse à réagir avant de comprendre, à choisir avant d’examiner, à consentir avant de juger.
Penser librement commence donc par une rupture. Rupture avec le prêt-à-penser, avec les vérités sous scellés, avec les simplifications commodes qui mutilent le réel pour mieux gouverner les consciences. Car le réel ne se laisse pas réduire aux alternatives grossières dont se nourrit la domination : il n’est pas de lumière sans ombre, de savoir sans ignorance, de certitude sans doute, de bonheur sans souffrance.
La pensée libre n’est pas une consolation. Elle ne promet ni repos ni sécurité. Elle cherche le vrai, même lorsque le vrai inquiète, dérange ou oblige. La servitude intellectuelle commence toujours par le goût des réponses trop simples.
Voir
Il n’existe pas plusieurs réalités accommodées aux croyances de chacun. Il n’y en a qu’une. Le monde ne change pas de structure selon nos opinions, nos désirs ou nos illusions. Il n’y a donc, au sens fort, qu’une seule vérité : celle du réel.
Mais cette vérité ne se donne jamais d’un seul coup. Nous n’accédons au monde qu’à partir d’une condition située : un corps, une histoire, une langue, une sensibilité, une expérience, une place dans les rapports sociaux. Ce qui varie n’est pas le réel lui-même, mais les prises que nous avons sur lui, les perceptions que nous en formons, les interprétations que nous en proposons.
Il faut tenir cette ligne sans céder ni au relativisme ni au dogmatisme. La vérité ne dépend pas de nous ; mais nul ne peut s’en dire propriétaire. Elle oblige chacun sans appartenir à personne.
Comprendre
Il est vain d’opposer abstraitement la matière et le mouvement, comme il est vain de vouloir trancher souverainement entre une conscience qui déterminerait l’existence et une existence qui déterminerait mécaniquement la conscience. Ces partages rassurent les doctrinaires ; ils n’éclairent rien.
Existence et conscience sont inséparables. Elles expriment une seule et même puissance d’être. En cela, Spinoza demeure décisif : la liberté n’est ni miracle intérieur, ni privilège métaphysique, ni médaille morale. Elle est l’intelligence des déterminations qui nous traversent et la capacité d’agir à même elles.
Être libre, ce n’est pas s’arracher au monde pour se rêver souverain. C’est cesser d’être dupe. C’est comprendre ce qui nous détermine afin de ne plus le subir passivement. La liberté n’est pas hors de la nécessité : elle est la nécessité comprise et retournée en puissance d’agir.
Résister
Le libre-penseur fonde sa règle de vie sur la raison et l’expérience. Non sur la répétition, non sur l’autorité, non sur la croyance héritée. Sa sagesse n’est pas tiédeur, mais discipline de lucidité.
Notre existence, comme la vie sociale, est traversée de tensions, de conflits, de contraires : amour et haine, paix et violence, compassion et indifférence. Penser librement, c’est donc penser le complexe. Non l’effacer, non le moraliser, non le simplifier, mais s’y tenir sans tricher.
Le libre-penseur se forme dans l’épreuve. Il met ses certitudes au défi, ses habitudes en question, son identité en travail. Il refuse de se laisser gouverner l’esprit. Sa raison n’a de valeur qu’à la condition d’être, dans le même mouvement, exigence personnelle et responsabilité commune.
La liberté de penser n’est rien si elle n’a pas ses conditions réelles. Elle suppose l’instruction, la laïcité, l’accès au savoir, le droit d’informer et de s’informer, l’exercice effectif de l’esprit critique. Une pensée célébrée en paroles, mais privée de ses moyens d’existence, n’est qu’un ornement du pouvoir.
Critiquer
Le libre-penseur reconnaît à chacun le droit de croire. Mais il ne reconnaît à aucune croyance le droit d’échapper à l’examen. Il n’existe pas de domaine sacré où la critique devrait suspendre ses droits.
Les religions doivent être lues pour ce qu’elles sont : des productions humaines, historiquement situées, traversées d’emprunts, de contradictions, de recompositions, de montages symboliques. Sous des noms différents, elles ont souvent reconduit les mêmes récits, déplacé les mêmes figures et reproduit les mêmes structures d’obéissance.
Le problème n’est pas seulement théologique. Il est politique. Dès que le sens ultime de l’existence est reporté hors de l’existence elle-même, la conduite humaine se trouve soumise à une norme extérieure. Et dès qu’une transcendance légifère, la liberté recule. Que la foi puisse parfois nourrir solidarité ou consolation ne change rien au fond : la pensée libre ne s’agenouille pas.
Hériter
La pensée libre n’appartient à aucun peuple élu, à aucune tradition propriétaire, à aucune civilisation sacrée. Elle traverse les siècles parce qu’elle renaît chaque fois qu’un être humain décide de ne plus plier.
Il faut relire les Grecs, revenir à Athènes, reprendre Montaigne, fréquenter les hérétiques, les dissidents, les insoumis. Mais il faut les lire sans dévotion. Hériter n’est pas vénérer. Reprendre n’est pas obéir.
Les précurseurs ne sont ni des saints ni des maîtres intangibles. Ils ne valent qu’à condition d’être discutés, déplacés, prolongés, contredits au besoin. Une pensée vivante ne cite pas pour se courber devant l’autorité des morts ; elle cite pour armer les vivants.
Refuser
La proposition première est simple : un être humain en vaut un autre. Mais cette simplicité a des conséquences radicales. Elle interdit de reconnaître comme légitime aucune domination durable, aucune hiérarchie naturalisée, aucune supériorité sacralisée.
Les institutions doivent être jugées à ce qu’elles font aux êtres humains réels. Or que produisent-elles le plus souvent ? Confiscation de la parole, séparation des décideurs et des exécutants, professionnalisation du pouvoir, dressage civique à l’obéissance. L’État ne protège la liberté qu’en la limitant ; il ne la reconnaît qu’à condition de la rendre inoffensive.
Le libre-penseur n’a donc aucune raison de s’incliner devant l’urne, devant la délégation, devant la fiction selon laquelle le choix périodique des maîtres suffirait à faire un peuple libre. Choisir entre deux maux n’a jamais fondé l’émancipation. Ratifier le moindre mal, c’est encore consentir à la logique du commandement.
Agir selon sa conscience, tout en répondant des conséquences de ses actes, ce n’est pas apprendre à mieux obéir. C’est refuser que l’obéissance demeure l’horizon de la politique.
Pratiquer
La liberté n’habite ni les constitutions bavardes, ni les proclamations solennelles, ni les mythologies républicaines. Elle n’existe que là où des femmes et des hommes prennent en charge leur vie commune, décident sans chefs, produisent sans maîtres, s’associent sans tutelle et résistent sans permission.
C’est pourquoi la pensée libre débouche nécessairement sur une pratique : entraide, autonomie, autogestion, fédéralisme, insubordination, conflictualité assumée contre les pouvoirs établis. Non pas l’anarchie telle que la caricaturent les dominants, mais l’anarchie comme ordre sans domination, comme puissance commune, comme composition libre des forces.
La liberté n’est pas un mot à célébrer. Elle n’est pas une promesse à différer. Elle n’est pas une idée à décorer. Elle est une conduite, une rupture, une méthode, une lutte. Hors de sa pratique, elle n’est plus qu’un mensonge de maître.
Est la race ?
La race est un rang taxinomique inférieur à l'espèce.
L'espèce humaine ne comporte qu'une seule race avec une conformité génétique au delà de 99,7%. Avec les conquêtes, les femmes ont toujours été des butins de guerres, c'est pour cela que nous avons tous un résiduel cromagnonesque dans notre séquençage ADN. Avec la mondialisation, les métissages, les voyages, la race humaine conforte son unicité.
Les distinctions entre tous les humains, sont de nature esthétique, superficielle, culturelle et géographique. Il reste cependant une différence notable attribuable aux 8 groupes sanguins: O, A, B, AB (positif et négatif). Ainsi donc, un homme et une femme de couleur différente mais de même groupe sanguin sont plus proches (compatibles) que deux hommes de même couleur mais de groupe sanguin différent.
Donc, il n'y a qu'une race humaine ! Les racistes le sont donc contre toute l'humanité.
Quelle direction prendre ?
Une pensée libre
ne produit que de la liberté
" Un public ne peut accéder que lentement aux Lumières. Par une révolution on peut bien obtenir la chute d'un despotisme personnel ou la fin d'une opppression reposant sur la soif d'argent ou de domination, mais jamais une vraie réforme du mode de penser ; mais, au contraire, de nouveaux préjugés serviront, au même titre que les anciens, en tenir en lisière ce grand nombre dépourvu de pensée." (2)
Le Philosophe
et le Chat-huant
Persécuté, proscrit, chassé de son asile,
Pour avoir appelé les choses par leur nom,
Un pauvre philosophe errait de ville en ville,
Emportant avec lui tous ses biens, sa raison.
Un jour qu’il méditait sur le fruit de ses veilles,
(C’était dans un grand bois,) il voit un chat-huant
Entouré de geais, de corneilles,
Qui le harcelaient en criant:
" C’est un coquin! c’est un impie,
Un ennemi de la patrie!
Il faut le plumer vif : oui, oui, plumons, plumons !
Ensuite nous le jugerons."
Et tous fondaient sur lui: la malheureuse bête,
Tournant et retournant sa bonne et grosse tête,
Leur disait, mais en vain, d’excellentes raisons.
Touché de son malheur, car la philosophie
Nous rend plus doux et plus humains,
Notre sage fait fuir la cohorte ennemie,
Puis dit au chat-huant: " Pourquoi ces assassins
En voulaient-ils à votre vie ?
Que leur avez-vous fait ? " L’oiseau lui répondit :
3 Rien du tout. Mon seul crime est d’y voir clair la nuit. "
Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794) Fables (1792)
Petit-neveu de Voltaire



